Pop-corn, Kafka et Seigneur des Anneaux : ma journée à Devoxx France 2026

Pop-corn, Kafka et Seigneur des Anneaux : ma journée à Devoxx France 2026

Mercredi 15 avril, j'ai passé la journée à Devoxx. À peine arrivée en haut des escaliers du Palais des Congrès, on est direct dans l'ambiance : des stands super bien décorés, des mini-jeux partout et cette petite odeur de pop-corn qui nous accueille.

Devoxx, c’est toujours un super moment pour sortir de son quotidien, découvrir de nouvelles approches et confronter nos problématiques de projets. J'ai eu quelques coups de cœur parmi les sessions, notamment sur la conception et des retours d'expérience tech. Voici un petit résumé de ce qui m’a le plus marquée.

La dette de conception aka quand le DDD dérape

Par Julien Topçu et Josian Chevalier

On la connaît tous et elle fait peur : la dette technique aka le fameux code spaghetti dans tous les sens. Mais il existe autre chose qui fait bien plus peur : la dette de conception.

Julien et Josian commencent par une intro épique qui nous plonge dans l’univers du Seigneur des Anneaux. La suite de la conf est une histoire dans laquelle on s'est tous déjà retrouvé : un dev de la team "Booking" sort une nouvelle feature qui fait sauter la prod. Son collègue de la team "Post-booking" débarque pour comprendre le carnage. En creusant, ils se rendent compte que leur modèle est devenu un monstre : ils ont voulu faire rentrer tellement de fonctionnalités dedans qu'il est devenu illisible.

On mène l’enquête avec eux et on se rend compte que comme le code de l’équipe “Booking” est devenu un sac de nœuds, la deuxième équipe “Post-Booking” a été créée pour essayer de gérer la complexité. Le problème ? Cette équipe finit par faire exactement la même chose que la première, mais à côté. On se retrouve avec un "monolithe distribué". On finit par gérer tout ça en créant des nouveaux rôles et en recrutant des gens juste pour synchroniser les déploiements entre les teams. On crée des solutions humaines pour compenser des problèmes de conception…

Ce qu’il faut retenir :

  • Un modèle n'est pas éternel : Il n'est valable que pour un cas précis à un instant T. Un modèle ne doit pas être réutilisé. Souvent, il vaut mieux déprécier l'existant pour recréer un modèle neuf plutôt que de s'acharner sur l'ancien.
  • Les création de "tensions" : Dès qu'on ajoute une fonctionnalité qui ne rentre pas naturellement dans le modèle, on crée une tension. Si cette tension reste, elle "cristallise" le modèle, le complexifie et finit par le rendre totalement obsolète.
  • La Loi de Conway : C'est le moment où la structure de l'entreprise finit par copier la structure bancale du code. On crée des équipes et des process de synchro interminables pour compenser une mauvaise conception.

7 ans au pays de Kafka : le voyage de Michelin

Par Fabien Alberi et Valérie Servaire

On monte dans une voiture aux pneus Michelin pour un REX hyper concret. Michelin a commencé à intégrer Kafka en 2018. Pour nous raconter leur aventure, un super duo : Fabien (le "techos") et Valérie (l'archi). Un super match qui permet d'avoir à la fois la vision stratégique et la réalité du terrain. Leur objectif : transformer Michelin en entreprise "Data Driven".

Leur discours est hyper clair, structuré de façon chronologique :

  • 2019-2020 : Les débuts un peu rudes. Avec beaucoup d’autodérision, ils nous expliquent qu'au début, avec 4 brokers Kafka sur des VMs "On-Prem" et pas assez de ressources, la première mise en prod n'a pas franchement tenu le coup.
  • 2020-2022 : L'industrialisation. Ils passent sur un service managé. Ils veulent embarquer tout le monde et standardiser les pratiques. Ils commencent à créer leurs propres outils comme ns4kafka et kstremplify (un framework basé sur Spring Boot), qu'ils ont d'ailleurs passé en open source. C’est toujours inspirant de voir de grosses boîtes partager leurs outils avec la communauté.

Au fils des années, ils ont eu plusieurs galères et nous les expliquent: l'aggrégation de streams "un peu chiante", les fenêtres (windows) pas adaptées, la gestion des DLQ (Dead Letter Queues) et des "poison pills"…

Tout au long de leur aventure, ils ont fait beaucoup d'Event Storming pour structurer leurs besoins et y répondre au mieux. L'utilisation d'Avro et du Schema Registry leur permet aujourd'hui de garder des modèles propres.

Et pour la suite ? Le chantier continue avec des défis de taille :

  • Préparer la migration vers Kafka 4 (et dire enfin bye bye à Zookeeper).
  • Réconcilier le monde des devs (Java) et des data analystes (SQL) pour proposer de l'analytics temps réel.
  • Généraliser l'utilisation des streams Kafka pour les autres technos comme .NET ou Python.
  • Explorer l'intégration de l'IA via les MCPs (Model Context Protocol).
Mon avis : Un retour d'expérience très chouette et honnête. Ils ont un super blog technique, n'hésitez pas à aller y jeter un œil : blogit.michelin.io.

Une approche Bottom-up pour la taxonomie produit

Par Robin Vaysse

Chez Mirakl, on ne rigole pas avec la donnée. Avec des millions de produits issus de sources variées, s'appuyer sur les données brutes des vendeurs est impossible : le catalogue devient incohérent et inexploitable. C'est là que le fameux « ceci n’est pas une pipe » prend tout son sens : comment garantir qu'un produit est rangé dans la bonne case quand chaque source a sa propre logique ?

Le Bottom-Up ?

Plutôt que d'écouter des experts métier dicter une structure théorique (l'approche Top-Down classique), Robin a présenté une approche Bottom-Up. L'idée est simple mais puissante : on part des produits et de leurs caractéristiques pour construire sa taxonomie.

Des LLM ?

C'est la partie vraiment croustillante du REX. Pour traiter ce volume colossal de données, Mirakl a fait appel aux LLM :

  • Ils ont nourri l'IA avec un jeu de données brut issu de leurs produits.
  • L'IA identifie des patterns et des similarités pour classer les produits dans des catégories, selon les précisions de Mirakl.
  • Ils se sont inspirés des standards du marché comme Shopify ou Google Shopping pour s'assurer que leur nouvelle taxonomie reste compatible avec les attentes du e-commerce mondial.

Ce n'était pas juste une démo de "regardez, on utilise l'IA". Robin a montré comment cette méthode casse le mur habituel entre les experts métier et les développeurs. Le modèle final est adapté aux besoins réels du terrain et non à une vision administrative du catalogue.

Ce que j'en retiens : Même si on ne gère pas tous des catalogues de la taille de Mirakl chez Takima, l'idée d'utiliser les LLM pour faire de la structuration de données complexes est une piste hyper intéressante. C'était un talk au ton très calme, pédagogique, qui montre que l'IA est un bon outil de rangement massif.

Je suis trop contente de cette journée ! Il y avait beaucoup de pépites et de retours d’expérience inspirants.

Les talks ont été filmés, alors n’hésitez pas à aller regarder les replays sur la chaîne YouTube de Devoxx France quand ils sortiront, ça vaut vraiment le détour !