Devoxx 2026 : Standing ovation pour un talk… sans IA
Un retour sur notre journée au Devoxx France 2026 : Embarquez avec nous pour découvrir comment notre métier va évoluer
Article écrit par Maxime Pakula et Delphine Rigaud
C’est LE moment qui nous a marqué sur la deuxième journée du Devoxx 2026. En fin de journée, Anton Arhipov qui est venu nous présenter sa conférence Debugging with IntelliJ IDEA, commence son talk par : “Je crois que vous vous êtes trompé de salle, il n’y aura pas d’IA dans ce talk”. L’ensemble de la salle se met à l’applaudir, une réaction plutôt inattendue quand on sait que le thème du Devoxx de cette année n’est autre que Happy AI. L’audience aurait-elle perdu la tête ?
Ces applaudissements disent beaucoup : la fatigue, la crainte d’être dépassés, et une forme de perte de sens face à une IA qu’on subit parfois plus qu’on ne choisit.
C’est indéniable : l’IA est arrivée dans nos métiers et elle est sûrement là pour rester. Elle apporte avec elle beaucoup de changements dans nos quotidiens. Lors de cette journée, on aura vu beaucoup d’angles différents sur cette situation :
- Les AI enthusiasts, très heureux de montrer qu’ils peuvent coder une application en un weekend sans taper une ligne de code.
- Ceux qui nous montrent comment ils ont réussi à gagner en productivité grâce à ces outils.
- Ceux qui réfléchissent à l’évolution de nos métiers sur le long terme.
- Ceux qui choisissent de rappeler qu’il n’y a pas que l’IA dans la vie et qui nous rappellent qu’il ne faut pas perdre de vue les autres fondamentaux.
Cette année encore, l’équipe des Reporters Takima est partie couvrir le Devoxx sur le terrain. Cette équipe répartie sur les trois jours a pour objectif de couvrir les différents talks afin de partager ensuite ce qui l’a marqué.
De notre côté, on souhaite vous partager ce que l’on retient du virage de l’IA que l’on est en train de prendre car on entend énormément de choses et il n’est pas évident de prendre de la hauteur lorsqu’on a la tête dans le guidon.

Le stagiaire comme métaphore de l’IA
Nous reprendrons ici une comparaison proposée par Andrej Karpathy lors de la keynote : L’IA, c’est comme un stagiaire. Si la comparaison peut sembler un peu moqueuse au premier abord, il nous semble qu’elle aide quand même à se faire une représentation de ce que l’IA est capable de faire.
En effet, l’IA s’invite dans notre quotidien avec une capacité impressionnante à accomplir de nombreuses tâches. Elle dispose d’un vaste socle de connaissances et peut produire rapidement des résultats. Mais sans cadre clair, sans attentes explicites, elle peine à délivrer quelque chose de réellement utile.
Évidemment, la comparaison a ses limites. Car ce “stagiaire” a quelque chose de particulier : il est surentraîné sur certains aspects : sa quantité de connaissances, sa vitesse de lecture et de production code, et ses raisonnements de plus en plus complexes.
Mais cette analogie avec le stagiaire reprend tout son sens dès que l’on parle de production.
On n’enverrait pas en production du code écrit par un stagiaire sans relecture attentive. Avec l’IA, c’est la même chose. Même si elle permet de produire rapidement des POC fonctionnels, le développeur reste garant du résultat : adéquation au besoin, mais aussi robustesse, maintenabilité, scalabilité et respect des contraintes comme le RGPD.
On voit donc bien que le cœur du sujet n’est pas si on doit utiliser l’IA, mais “comment travailler avec elle et rester pertinent ?”

Comment rester pertinent avec l’arrivée de ces “super-stagiaires” ?
Dans sa conférence Façonner la pertinence et la résilience de notre expertise au-delà de 2030, Philippe Ensarguet apporte plusieurs clés pour répondre à cette question presque existentielle.
Selon lui, avant l’arrivée de l’IA, l’expertise reposait en grande partie sur la connaissance : on maîtrisait un langage, un framework, une stack technique. Cette logique est en train d’évoluer. À mesure que ces outils deviennent capables de mobiliser une quantité massive de savoir, la valeur ne réside plus uniquement dans ce que l’on sait… mais dans ce que l’on sait en faire.
Cela passe d’abord par notre capacité à interagir efficacement avec ces outils. Savoir formuler un prompt, donner du contexte, créer des boucles de feedback pertinentes : des compétences qui deviennent centrales. L’IA n’est pas magique, elle doit être correctement pilotée.
Mais surtout, l’expertise se déplace vers des compétences plus fondamentales comme la capacité à modéliser un problème, à poser un cadre clair et à adopter une vision transverse.
En d’autres termes, comprendre ce qu’on fait et pourquoi, là où l’IA excellera sur le comment.
Un autre enjeu émerge : le coût. À mesure que ces modèles se généralisent, leur optimisation devient clé : les solutions externes sont efficaces mais coûteuses, tandis que les déploiements en interne, voire en local, sont plus contraignants mais potentiellement moins chers.
Mais au-delà des aspects techniques et économiques, Philippe Ensarguet met en garde contre un nouveau risque : celui de l’ivresse de la production.
Le gain de temps apporté par l’IA ne doit pas nous faire oublier l’essentiel. Produire plus vite ne signifie pas produire mieux. Il reste crucial de prendre le temps de réfléchir aux besoins, de questionner ce que l’on construit et la manière dont on le construit.
Car au final, la responsabilité ne disparaît pas. Nous restons garants du code généré.
Sans cette vigilance, le risque est réel : voir le développeur perdre progressivement sa valeur, jusqu’à devenir une simple interface entre une idée et une touche “Entrée”.

Les fondamentaux qui gardent tout leur sens
C’est précisément là que les fondamentaux reprennent toute leur importance et deviennent encore plus de notre responsabilité : sécurité, architecture, choix techniques, qualité du code. Et c’est exactement ce que certaines autres conférences qu’on a pu voir cette année ont illustré.
Un point qu’on a encore retrouvé cette année, c’est la sécurité. Toutes les branches, de la banque au e-commerce en passant évidemment par la santé sont concernées. Le talk de Mickaël Barroux API Security 2026 : Comment éviter de finir sur Have I Been Pwned ? l’a bien rappelé : des erreurs simples mais trop répandues (une clé d'API commitée en clair, un access token dans l'URL) peuvent mener à des fuites de données massives. C’est donc encore plus important que nous soyons formés, à jour et rigoureux sur ce sujet.
L’architecture, ça s’apprend sur le terrain et ça, Julien Goullon et Julien Eyraud de Mirakl l’ont bien prouvé. Avec leur talk Email at scale : comment on a survécu à 800M mails/an (et au DNS), ils ont partagé leur retour d'expérience sur la gestion d'emails à très grande échelle. Ce qui rend ce talk particulièrement intéressant, c'est l'honnêteté : on voit comment une grande entreprise s'est trompée, a itéré, et a fini par construire ses propres outils de monitoring et de suivi. Un beau rappel que les bonnes architectures naissent rarement du premier coup.
Le produit et le design font partie intégrante du métier : sans collaboration étroite entre produit, design et technique, pas de produit pertinent. On notera la conférence de Thomas Cami et Anthony Maffert de Winamax, Du Storytelling au rendu GPU, qui a montré comment la création d’un produit mobilise bien plus que du code.
L'IA va nous faire gagner du temps, c'est indéniable. Mais c'est précisément parce qu'elle prend en charge une partie de l'exécution que nos compétences de fond deviennent plus précieuses, pas moins.
La tech, passion intacte
Ce qu'on retiendra de cette journée au Devoxx, c’est que si l’IA est dans toutes les conversations c’est parce qu’elle change notre métier et nous oblige à repenser notre façon de travailler. Mais ces trois jours étaient l’occasion de rencontrer des personnes passionnées par la tech, curieux, prêts à partager ce qu'ils apprennent et qui permettent justement de continuer de progresser et d’évoluer.
On a rencontré des speakers qui passent des semaines à préparer leur conférence, des visiteurs qui posent des questions, prennent des notes, échangent dans les couloirs, la curiosité et la passion sont bien là. Notre métier n'est pas près de disparaître.
Il faudra s'adapter, certes. Faire de la place à ce nouvel outil, revoir peut-être où l'on met notre énergie et notre expertise. Mais s'adapter, c'est exactement ce qu'on a toujours fait et ce Devoxx nous a rappelé qu'on est plutôt bons à ça.